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Fiche d'information sur le syndrome de Diogène

Nous vous proposons de participer à une enquête qui a pour but de documenter et de contribuer à mieux connaître un type de situations que vous avez peut-être déjà rencontré. Cette fiche est un résumé pour vous faire découvrir ce qu’est le syndrome de Diogène. Ce terme est utilisé dans la littérature depuis 1975 pour désigner des situations universelles, connues depuis toujours. Les appellations antérieures étaient d'une grande diversité,  comme par exemple les "mendiants thésauriseurs" ou le "social breakdown syndrome" ou encore le “self-neglect syndrome”. Ces situations rares restent méconnues et mal connues. Elles mériteraient d'être mieux connues, mieux documentées. Les discussions à caractère éthique, juridique, médical, familial ou social  reposeraient alors sur un socle de connaissances moins sujet à controverses.

 L'histoire de Diogène: une observation princeps. Diogène, encore appelé Diogène le cynique,  est né à Sinope 413 ans avant JC et est décédé en 324 avant JC à Corinthe. Ce philosophe Grec  aurait vécu sale et seul dans un tonneau, comme un ascète, sans aucun objet personnel. La légende dit même qu'il se serait débarrassé de son écuelle. Enfin et surtout, ce qui caractérise Diogène est son regard critique sur la société.

Diogène est debout dans un tonneau, insensible à son manque d'hygiène corporelle et muni d'une lanterne. Il est connu pour s'être promené au milieu de ses contemporains, équipé d'une lanterne et avoir dit cyniquement : "je cherche un Homme, mais je ne vois pas d'Hommes ici". Il est aussi connu pour sa réplique méprisante à Alexandre le Grand qui était venu le consulter : "ôtes toi de mon soleil"

 

 

Description simplifiée d'un syndrome de Diogène typique.

Ce syndrome est controversé car il regroupe des situations assez différentes qui ne correspondent pas toujours à celle de Diogène.

Dans le cadre de cette enquête, nous proposons une définition basée sur le plus petit dénominateur commun de ces situations : le terme “syndrome de Diogène” pourrait être appliqué aux situations qui, malgré leur diversité, comportent la présence d’un dénominateur commun composé de l’association des quatre critères décrits ci-dessous.

 

- 1 Une absence paradoxale de demande, de plaintes et de besoins avec une absence de sollicitation des services médico-sociaux. Les Diogènes sont des personnes qui ne demandent rien alors que ce sont elles qui auraient besoin de tout.

 

- 2 Une relation aux objets inhabituelle avec,  soit rarement le besoin ascétique d'une absence totale d'objets, soit le plus souvent  le besoin d'entasser des objets dans un ordre parfait ou un désordre indescriptible avec un manque de salubrité du domicile. Cet entassement d'objets peut être le résultat, soit  d'un comportement passif (la personne ne sait pas jeter les affaires devenues inutiles), soit d'un comportement actif de récupération, de collection et d'accumulation (hoarding behaviour).

 

- 3 Une relation aux autres étonnante avec, soit rarement le besoin d'aller au contact des autres (ce contact facile avec prosélytisme explique les situations de "Diogène à deux" et de "Diogène à plusieurs"), soit plus souvent le besoin de fuir l'humanité (tout semble se passer comme si ce comportement à type de "misanthropie de survie" avait pour résultat une pauvreté du réseau social, un "social breakdown"). Dans ce dernier cas les liens familiaux ou sociaux sont limités à ceux et celles qui comprennent, tolèrent ou facilitent leur mode de vie, acceptant de les nourrir ("les porteurs de panier") ou de débarrasser un peu leur domicile pour qu'ils puissent garder un minimum de place pour continuer à y vivre. Parfois les deux comportements sont associés, il s'agit alors d'un Diogène à la fois misanthrope et chef d'école: c’était le cas d’Antisthène, le fondateur de l’école des cyniques, le père spirituel de Diogène.

 

- 4 Une relation au corps particulière avec, soit rarement le besoin d'une attention excessive et bizarre pour sa chevelure (cheveux longs emmêlés et compacts comme ceux d'une perruque, barbe taillée comme un bloc), soit le plus souvent le besoin d'entretenir...un manque de propreté. Ce besoin est associé à une tolérance étonnante aux conséquences de ce manque d'hygiène (ongles longs et recourbés comme ceux d'une sorcière issue d'un conte de Grimm, ulcères variqueux surinfectés, odeur corporelle forte et parfois repoussante)

 

Nb : Les autres situations seraient à considérer comme des tableaux partiels, dont la fréquence est évidemment beaucoup plus élevée et sans les risques du tableau complet décrit ci-dessus. Toutes les combinaisons sont possibles : situation 2 (les collectionneurs), situation 3 (les misanthropes), situation 4 (les sales), situation 2+3 (les collectionneurs misanthropes), situation 2+4 (les collectionneurs sales comme dans le film “les ferrailleurs”), situation 3+4 (les personnages du film “sales et méchants”, enfin la situation 2+3+4 (Des Diogènes qui ne seraient pas des Diogènes dans la mesure où ils auraient une demande pour une aide ou une assistance).

 

 La typologie selon la diversité des situations

 Selon le sexe : Diogène est aussi bien un homme qu'une femme. Dans ce dernier cas il faudrait donner un nom féminin à ce syndrome (Hormis les personnages décrites comme des sorcières, nous n’avons pas trouvé de femme dans l’Histoire, la Bible, les contes ou les Mythes qui serait l’équivalent au féminin de Diogène).

Selon l'âge : L'âge n'est pas un critère. Tout est possible. Diogène peut être trés jeune ou trés âgé. La dernière personne qui nous a été signalée était âgée de 102 ans. Chez les Diogènes âgés, les accumulations d’objets à domicile peuvent présentent des strates évocatrices de sédiments géologiques dont les différentes couches peuvent être datées avec précision.

Selon les ressources économiques : tout est possible, des plus pauvres aux plus riches "mendiants thésauriseurs" comme les deux célèbres frères milliardaires qui ont vécu comme des Diogènes dans le New-York des années 1930 et qui sont décédés... étouffés sous l'éboulement d'une tranchée située au milieu des objets qu'ils avaient accumulés.

Selon l'habitat : Il est possible d'avoir le mode de vie de Diogène à la campagne (le Diogène rural est souvent entouré de beaucoup d'animaux), comme à la ville (Le Diogène des villes peut vivre dans immense un appartement comme dans un réduit de 6 métres carrés). Diogène peut aussi vivre à la rue avec le statut de SDF, soit parce qu'il n'a pas de domicile, soit parce que le domicile est si entassé qu'il  n'est plus possible d'y rentrer. Nous avons aussi rencontré des Diogènes qui vivent à ville avec une résidence  secondaire à la campagne ou à la mer, elle aussi "diogénisée".

Selon l'hygiène corporelle et la salubrité du domicile : tout est possible du Diogène propre dans un habitat salubre au Diogène qui dégage une odeur écoeurante dans un domicile entassé jusqu'au plafond

Selon les risques : tout est possible du "Diogène sans danger" au “Diogène dangereux”. Le danger n’est pas tant celui lié à l’insalubrité du domicile (prolifération de blattes, présence de rats, odeurs d’excréments et d’urines) que surtout le risque de mise en danger de sa vie et de la vie d’autrui (mise à feu involontaire: par une cigarette au contact des objets accumulé au sol; par un chauffage de fortune; par une installation électrique non entretenue).

Un autre risque possible, mais non établi à ce jour, sans cas relaté dans la littérature scientifique, reste hors du champ de l’enquête. Il s’agit du passage à l’acte sexuel sur des enfants (un cas vient de paraître dans la presse en mai 2006. Ce cas pourrait être rapproché de celui d’un homme plus âgé, célèbre pour avoir accompli le premier, il y a plus de cent ans, seul sur un voilier de onze mètres, le tour du monde à la voile : Joshua Slocum, condamné à un âge avancé à 42 jours de prison pour attentat à la pudeur sur une jeune fille de onze ans à qui il faisait visiter son bateau qui ressemblait de plus en plus à un tonneau)

  

Les axes à rechercher

 

Derrière une situation se présentant comme un "syndrome de Diogène", une recherche ou une enquête médico-sociale peut découvrir une dimension qui pourrait expliquer, au moins en partie, la "diogénisation" d'une personne et de son domicile. Trois axes sont à considérer :

 

- L'axe d'une maladie. Le bilan peut mettre en évidence une démence de type alzheimer ou fronto-temporale, une maladie schizophrénique, un trouble paranoïaque, une maladie alcoolique. Dans le reste des cas, le bilan reste négatif et aucune maladie ne vient expliquer le mode de vie de la personne étiquetée "Diogène".

 

- L'axe d'une personnalité. Toutes les personnes présentées comme un syndrome de Diogène ont une personnalité exceptionnelle, apparentée à celle Diogène: forte, riche, complexe, attractive, et... pas facile.

 

- L'axe de l'histoire de vie. La vie des Diogènes que nous avons rencontré ressemble à un roman qui aurait commencé dès le jour de leur naissance. Pour rendre compte de ces observations nous avons construit une hypothèse dont la formulation est la suivante: Tout semble se passer comme si, tout petit, entre l'âge de zéro et trois ans, pour survivre à un environnement hostile, les personnes ayant un syndrome de Diogène avaient du activer un "programme" (de relation aux objets, aux autres et à son corps) susceptible d'augmenter les chances de survie. C'est le maintien actif, l’apparition ou la réapparition,  de ce mode de vie devenu inutile à un âge avancé qui apparaît comme inadapté, incompréhensible et énigmatique pour le voisinage et les intervenants médico-sociaux. La présence d’un “trouble schizophrénique simple” (un trouble sans symptômes, limité à une personnalité exceptionnelle, originale, hors normes et un peu bizarre) serait l’un des facteurs nécessaire mais non suffisant pour que ce “programme” puisse être activé.

 

Ethique

le doute entre une logique de non intervention

et une intervention aux modalités longues et compliquées

 

Chaque situation de Diogène est unique mais il paraît possible de réduire le continuum des cas à deux situations stéréotypées:

 

- Lorsqu'un bilan a mis en évidence une maladie, la prise de décision est facile: l'hospitalisation s'impose. Hospitalisation en médecine interne gériatrique lorsqu'une démence est en cause, en psychiatrie lorsqu'une schizophrénie ou une paranoïa délirante apparaît évidente. Si la décision d’hospitalisation est facile, les modalités d'application sont délicates. Il semble maintenant connu que la privation brutale et complète du ce mode de vie soit un stress majeur pouvant être le cofacteur d'une mort au décours d'une maladie somatique ou d’une mort par suicide (tout semble se passer comme si Diogène avait un besoin vital de ce mode de vie)

 

- Lorsqu'un bilan ne révèle aucune maladie, personne ne peut savoir ce qu'il y aurait lieu de faire ou de ne pas faire. Il y a plus de dix ans un article dans le Lancet revenait sur la découverte, dans un appartement du centre de la ville de Londres, d'un cadavre en partie dévoré par les rats. Cet homme était connu de tous les voisins, de tous les services médico-sociaux et il avait refusé toutes les interventions. Ce cas illustre les difficultés à prendre des décisions lorsque l'on intervient auprès d'un Diogène pour lequel aucune maladie n'a été identifiée: faut-il prendre en compte la liberté de l'intéressé qui vit comme Diogène dans son tonneau ? Faut-il prendre en compte le fait qu'il puisse mettre en danger sa vie, ainsi que la vie du voisinage?

 

Contre attitudes des professionnels

 

Tout, chez Diogène, devrait nous repousser, nous inspirer du dégoût ou de la répulsion. C’est d’ailleurs le cas lorsque l’odeur est pestilentielle et les propos trop agressifs.

 

Cependant l’attitude opposée est possible. Il est possible d’éprouver de l’intérêt et de la compassion. Cela permet de comprendre que des personnes du voisinage ou de la famille puissent se transformer pendant plusieurs dizaines d’années en “porteurs de panier”. A force de fréquenter Diogène, l’un des risques est de devenir insensiblement le co-facteur qui permet la pérennité d’une situation devenant insensiblement dangereuse.

 

Dans tous les cas la fréquentation des personnes ayant un “syndrome de Diogène” permet de comprendre le propos de Jacques Lacarrière,  auteur du « Dictionnaire amoureux de la Grèce » (Editions Plon 2001) : “Je crois que j’aime bien Diogène, au fond”.

 

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